Imprimantes 3D et troisième révolution industrielle

La première révolution: invention de la machine à vapeur et de l’imprimerie industrielle, accélérant les communications et lançant un processus d’alphabétisation inédit dans l’histoire. La deuxième révolution: invention du moteur à combustion et des réseaux électriques, rendant possibles la production de masse et la diffusion d’informations à très grande échelle. C’est du moins la classification retenue par l’essayiste Jeremy Rifkin, qui prône une troisième révolution industrielle fondée sur des énergies renouvelables, produites de manière décentralisée, et partagée sur des réseaux intelligents formant une sorte d’Internet de l’énergie.

L’idée de Rifkin est donc d’utiliser le point fort de nos sociétés de l’information, à savoir notre capacité croissante à générer et partager des données, pour rendre nos réseaux énergétiques plus performants et plus durables. Produire de l’énergie partout où l’on peut, l’acheminer partout où l’on en a besoin, grâce à des réseaux intelligents qui identifieront les potentiels et les besoins d’un vaste marché décentralisé de l’énergie. Telle qu’elle a été conceptualisée, cette troisième révolution industrielle dépendrait du développement de certaines technologies, comme le stockage hydrogène ou les sources d’énergie renouvelables. Le point le plus intéressant reste toutefois cette volonté d’utiliser les possibilités des systèmes d’information pour optimiser nos réseaux énergétiques. Paradoxalement, cette réflexion incitant à une refonte de nos procédés de production et de consommation pèche sans doute par manque d’ambition. Et si la réalité était en train de dépasser les prévisions les plus osées de Rifkin?

Les imprimantes 3D ont fait une entrée relativement discrète dans notre paysage industriel. Si toutefois nous prenons le temps de réfléchir à leurs implications probables sur notre appareil de production, ces dernières paraissent considérables. Qu’est-ce qu’une imprimante 3D, après tout? Un constructeur universel, une machine capable de convertir des données en matière. En numérisant chaque objet, en décomposant le processus de fabrication en une série d’étapes pleinement calculables, juxtaposition de couches de plastique, de cire, de métal ou de n’importe quelle autre matière, la technologie des imprimantes 3D comble le vide entre la matière et l’information. Une imprimante 3D est une sorte de traducteur entre le réel et le virtuel, capable de transformer des données électroniques en un objet fabriqué. Si cette technique tient ses promesses, elle révolutionnera profondément notre manière de produire et de penser l’industrie, le travail humain se limitant à la création des formes, les machines assurant l’exclusivité de la fabrication. Futuriste? Pas tant que cela. Des réflexions ont d’ores et déjà lieu sur la possibilité de construire des stations lunaires, voire même des organes, par les procédés de l’impression 3D. Alors pourquoi ne pas imaginer, par exemple, des immeubles entiers construits de manière totalement automatisée?

Ainsi, s’il doit y avoir une troisième révolution industrielle, elle ne saurait se cantonner à un partage optimisé de l’énergie grâce à des réseaux intelligents. Il faut plutôt imaginer une société de l’information généralisée, un tissu industriel où les coûts de fabrication des objets deviendraient dérisoires, et où la principale richesse résiderait dans les données permettant à ces objets d’être construits. Un vaste marché du design où les entreprises chercheraient à produire, pour leurs objets, les schémas les plus adaptés et les plus individualisés possibles, et où la fabrication effective ne serait qu’une opération de routine. Il ne faut toutefois pas imaginer un monde affranchi des contraintes du réel. La première révolution industrielle était limitée par la disponibilité du charbon, la deuxième par celle du pétrole: il est probable que les terres rares ou d’autres matériaux particulièrement recherchés deviendront des facteurs limitants de la nouvelle industrie. Une chance peut-être pour l’exploration spatiale, qui reviendrait alors au coeur des préoccupations avec les projets d’exploitation des astéroïdes du système solaire, source abondante de ces matériaux.

Entre des constructeurs universels et l’exploration de l’espace, beaucoup d’oeuvres de science-fiction risquent de perdre leur caractère fictif.

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A propos Maël Donoso

With a scientific background in Biology, I received a Ph.D. in Neuroscience from University Pierre et Marie Curie, in Paris. My research on the foundations of human reasoning, prepared at École Normale Supérieure, has been published in Science, one of the world's leading scientific journals. I completed my studies with a training in Business at INSEAD.
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Un commentaire pour Imprimantes 3D et troisième révolution industrielle

  1. CA dit :

    On peut même pousser l’hypothèse plus loin.
    Voir Y. Rumpala, « L’impression tridimensionnelle comme vecteur de reconfiguration politique », dans la revue Cités, n° 55, 2013.
    (on peut récupérer une ancienne version sur le blog de l’auteur : http://yannickrumpala.wordpress.com/2013/01/19/les-nouvelles-technologies-peuvent-elles-amener-des-utopies-politiques/)

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