Philosophie des jeux et développement personnel

Certains voient la vie comme un jeu. D’autres ont une attitude plus sérieuse, mais n’hésitent pas occasionnellement à jouer à la bourse, à la guerre, à l’amour ou à l’ascension sociale. L’utilité des jeux dans le développement des capacités cognitives a été exploré par un certain nombre d’études. Mais avons-nous suffisamment réfléchi à la manière dont la pratique et la philosophie des jeux peuvent aider les joueurs au niveau de l’aisance sociale, de l’estime de soi, de la satisfaction quotidienne, bref contribuer à leur développement personnel?

Prenons un exemple, le Rubik’s Cube. Le principe du jeu est de faire en sorte, par des rotations successives de différents plans autour des trois axes du cube, que les six faces prennent finalement une couleur homogène, à partir d’une situation de départ où les éléments de couleur sont arbitrairement mélangés. Il est possible de compléter une face assez facilement, deux faces en prenant davantage de temps, mais il est extrêmement difficile de poursuivre la complétion du cube sans une bonne stratégie, car chaque série de rotations amenant un nouvel élément de couleur au bon endroit aura de fortes chances de déplacer un élément préalablement bien positionné, et de défaire ainsi le travail accompli. Sans doute en va-t-il de même pour la vie en général: il peut être assez facile de réussir sa vie professionnelle, ou amoureuse, ou amicale, ou intellectuelle, assez facile de fonder une famille, ou de s’investir dans une activité créatrice; réussir tout cela ensemble, voilà le vrai défi, car le temps et l’énergie consacrés à l’un de ces domaines risque d’avoir des répercussions plus générales, et d’affecter des facettes de notre vie que nous considérions comme solides. Pour progresser dans son développement personnel au-delà d’un certain seuil, il faudrait donc être prêt à prendre des décisions complexes, et à progresser méthodiquement pour que nos nouvelles attitudes n’invalident pas nos succès antérieurs. Exactement comme on résout le Rubik’s Cube, avec des séries de rotations calculées pour avancer dans la construction d’une face tout en laissant les faces achevées intactes.

Prenons maintenant un deuxième exemple, le Mastermind. Le principe du jeu est de découvrir une configuration cachée de pièces de couleur, en faisant différents essais avec une grande quantité de pièces à disposition. À chaque tentative du joueur, le partenaire qui a connaissance de la configuration cachée indique simplement si la série proposée contient une ou plusieurs bonnes couleurs, et si celles-ci sont à la bonne position; le joueur doit se servir de ces informations fragmentaires pour constituer progressivement la bonne série, mais il doit faire vite et agir intelligemment, car le nombre d’essais lui est compté. Là encore, nous pouvons voir un parallèle avec notre vie quotidienne: il est naturel et pratiquement obligatoire de faire des erreurs pour avancer, mais ces erreurs doivent nous permettre d’apprendre et d’inférer le bon comportement; utiliser à bon escient les enseignements de nos échecs, et explorer des situations inconnues pour obtenir de nouvelles informations, voilà la manière optimale pour évoluer. Pour réussir les étapes les plus exigeantes de notre parcours, celles où nos connaissances préalables sont les plus limitées, il faudrait donc se comporter de manière à maximiser, à moyen terme, le savoir que nous pouvons acquérir, en tenant compte du fait que nos erreurs sont riches d’information. Exactement comme on résout le Mastermind, avec des essais planifiés non pas pour avoir le plus d’emplacements corrects possibles, mais pour compléter des renseignements partiels sur une couleur ou une position.

En analysant la meilleure stratégie à adopter pour chacun de ces jeux, nous pourrions donc tirer des éléments de sagesse transposables ailleurs, dans toutes les situations impliquant des prises de décision proches de la trame du jeu. Les échecs, le jeu de go, les jeux de cartes, tous ces terrains d’entraînement pour l’analyse et l’imagination ont, sans doute, des éléments à apporter à notre philosophie de vie et à notre bien-être, car ils sont autant d’exercices pour affiner notre capacité de raisonnement et de décision dans des situations génériques. Sans parler des jeux vidéos, qui ouvrent un champ de complexité encore plus vaste, et pourraient donc s’avérer des tremplins de développement personnel très intéressants. À condition bien sûr de varier ses techniques, d’explorer, de prendre le temps de s’imprégner de la philosophie du jeu, et de réfléchir à ce que celle-ci pourrait nous apporter dans notre vie quotidienne.

Alors, que diriez-vous d’une petite partie?

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A propos Maël Donoso

With a scientific background in Biology, I received a Ph.D. in Neuroscience from University Pierre et Marie Curie, in Paris. My research on the foundations of human reasoning, prepared at École Normale Supérieure, has been published in Science, one of the world's leading scientific journals. I completed my studies with a training in Business at INSEAD.
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