Conquête spatiale: coloniser des planètes ou construire des structures?

Les premières images en haute définition du sol de Mars, envoyées par le robot Curiosity de la NASA, réveillent les ambitions spatiales de l’humanité. Le cosmos est notre horizon à long terme; explorer l’espace, et y installer durablement une présence humaine, sera très certainement le défi principal de notre civilisation, lorsque les problèmes planétaires les plus urgents auront été résolus. Généralement, nous sommes habitués à penser que cette expansion de l’humanité dans l’espace se fera par la colonisation de nouvelles planètes, aux caractéristiques similaires à celles de notre Terre d’origine. Mais avons-nous suffisamment réfléchi aux alternatives?

Certes, la colonisation de planètes paraît, au premier abord, la solution la plus évidente. Spontanément, nous n’envisageons pas qu’une population humaine puisse se développer de manière autonome sans le recours à une production agroalimentaire de type terrestre, avec une agriculture et un élevage utilisant un sol et une atmosphère planétaires. Plus prosaïquement, nous n’imaginons pas une vie sans gravité, et redoutons les effets que l’apesanteur pourrait produire sur notre organisme. Pourtant, certains obstacles techniques ne sont qu’apparents. Pour ce qui est de la gravité par exemple, nous pourrions parfaitement envisager que les progrès en biologie moléculaire nous permettent de compenser nos points faibles physiologiques, par exemple la réduction de la masse musculaire due à l’apesanteur. À l’inverse, rendre habitables des planètes dépourvues de vie et d’atmosphère respirable représenterait un défi technique bien plus important, et supposerait des investissements considérables.

La terraformation, c’est-à-dire la transformation d’une planète visant à lui attribuer des caractéristiques terrestres et à la rendre compatible avec la vie, supposerait une série d’actes particulièrement coûteux en temps et en énergie. Prenons l’exemple de Mars. Pour rendre la planète habitable, il faudrait faire fondre la glace polaire pour constituer des océans, créer une atmosphère de densité suffisante et un champ magnétique planétaire pour la maintenir, modifier la composition de cette atmosphère jusqu’à la rendre vivable, et assurer le maintien d’une température suffisamment élevée malgré l’éloignement au soleil plus important. Ce seraient des opérations extraordinairement lourdes, et probablement très longues et complexes à réaliser. Elles ne sont pas impossibles, et nous pourrions imaginer que des avancées physiques majeures, en particulier dans les nanotechnologies, permettent de concevoir de nouvelles machines qui rempliraient facilement ces missions; mais dans l’horizon prévisible des connaissances, la terraformation reste une technique très incertaine et au coût potentiellement exorbitant. Une alternative plus fructueuse pourrait être de construire des structures artificielles, stations ou cités de l’espace, qui abriteraient les populations humaines et une partie de l’écosystème que celles-ci emporteront. Ne pas coloniser, mais construire: inventer une nouvelle manière de vivre, de nouvelles architectures et de nouveaux systèmes de production, adaptés à l’espace.

Concrètement, une telle voie de développement semble beaucoup plus accessible que le peuplement de planètes terraformées. Nous savons aujourd’hui que certaines formes de vie terrestre peuvent survivre, à l’état de dormance, à un séjour dans l’espace; nous pourrions pousser l’imagination plus loin, et tenter de modifier génétiquement des espèces pour qu’elles puissent non seulement survivre, mais se développer dans des conditions extrêmes, en apesanteur voire dans le vide spatial. Imaginons des champs de végétaux spatiaux, cultivés sur des astéroïdes riches en eau et en carbone; les possibilités seraient immenses pour générer des écosystèmes entièrement nouveaux, écosystèmes qui, combinés aux matières premières extraites de ces mêmes astéroïdes, permettraient à l’humanité de survivre bien au-delà de toute planète. Les technologies à développer impliqueraient, dans l’immédiat, des tests biologiques réalisés dans l’espace : ces tests sont actuellement envisageables grâce à la Station Spatiale Internationale, contrairement aux techniques purement spéculatives de la terraformation. Bien loin des opérations massives destinées à transformer des planètes, les biotechnologies spatiales seraient donc une voie d’étude immédiatement accessible, et qui pourrait s’avérer extrêmement fructueuse.

L’effort d’imagination est important dans toutes les disciplines, car il oriente fondamentalement la réflexion technologique. Il est temps de dépasser nos limitations intellectuelles et les contraintes du cadre planétaire, et de réfléchir au meilleur moyen d’assurer l’expansion de l’humanité, et de la vie en général, dans l’espace.

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A propos Maël Donoso

With a scientific background in Biology, I received a Ph.D. in Neuroscience from University Pierre et Marie Curie, in Paris. My research on the foundations of human reasoning, prepared at École Normale Supérieure, has been published in Science, one of the world's leading scientific journals. I completed my studies with a training in Business at INSEAD.
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2 commentaires pour Conquête spatiale: coloniser des planètes ou construire des structures?

  1. Le relayeur dit :

    Reblogged this on Relayeur d'avenir and commented:
    Le rover curiosity suscite des envies et des rêves qui pourraient un jour devenir réalité

  2. Jessica Donoso dit :

    Très intéressant cet article, ça me fait rêver 🙂 …. j’ai toujours adoré tout ce qui concerne l’astronomie et j’ai entendu parler de l’exobiologie… je me suis dit que ça serait une bonne façon de combiner mes deux intérêts principaux 🙂

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