Méditation bouddhiste et neurosciences

Des idées intéressantes se développent à l’interface entre la méditation bouddhiste et les neurosciences. D’un côté, nous avons un ensemble de pratiques méditatives et de connaissances empiriques accumulées depuis 2500 ans, et qui proposent une certaine approche de la conscience, du flux des pensées et des émotions. De l’autre côté, nous avons les technologies contemporaines liées aux neurosciences cognitives, et en particulier l’imagerie fonctionnelle, domaine que je connais bien et qui permet des observations fines du fonctionnement du cerveau. Que pouvons-nous faire en combinant ces deux approches?

Nous pouvons, essentiellement, tenter d’élaborer ou de perfectionner des techniques visant à accroître le bonheur individuel et général. À ce sujet, j’ai lu le guide du docteur en biologie moléculaire Matthieu Ricard, « L’art de la méditation » (que j’ai découvert à travers le blog d’Olivier Roland, Des Livres pour Changer de Vie), ainsi que le livre du maître tibétain Yongey Mingyour Rinpotché, « The Buddha, the Brain and the Science of Happiness » (bizarrement traduit en français par « Bonheur de la méditation »). Pour synthétiser, la méditation bouddhiste recouvre un ensemble de techniques visant à pacifier l’esprit, développer l’attention et la compassion, et dépasser les croyances limitantes pour développer la pleine conscience, c’est-à-dire un état indéfinissable où, selon le bouddhisme, l’esprit comprend son potentiel infini.

Si nous voulons traduire cette idée différemment, nous pourrions dire que selon cette perspective, chacun de nous construit en permanence des carcans de la pensée, des représentations artificielles du monde et de son identité. Ces représentations nous aident à accomplir des comportements génériques, qui ont un sens dans une perspective évolutive. Elles n’en constituent pas moins des limitations, qui peuvent être dépassées par le biais d’une discipline intellectuelle. Le but essentiel de la méditation est de se familiariser avec ses pensées et ses sensations, de prendre conscience de leur apparition, de leur transformation et de leur dissolution, pour en comprendre le caractère éphémère et cesser de les voir comme des blocs solides, permanents, étrangers à l’esprit. Ce faisant, la pratique méditative propose par exemple des outils pour se débarrasser de l’emprise des souvenirs désagréables.

Alors concrètement, comment tirer parti de la combinaison entre ces pratiques et les neurosciences? Les expériences du neuroscientifique Francisco Varela sur la méditation ont acquis une certaine célébrité, et le Mind & Life Institute continue à avancer dans cette voie, mais ce n’est qu’un début. Le problème est que l’objectif de « développer le bonheur » peut sembler relativement vague, et hors du champ habituel de la recherche biomédicale, dont la priorité est le soulagement des maladies. A minima, ces questions peuvent trouver une utilité dans le cas des recherches thérapeutiques contre la dépression ou l’anxiété. Mais pourquoi ne pas envisager que les neurosciences du bonheur émergent comme un domaine à part entière de la recherche fondamentale, visant à étudier les fondements cognitifs du bien-être et les éléments qui peuvent l’influencer?

En collaboration avec des partenaires de l’éducation et de la santé, les spécialistes de ce domaine pourraient alors contribuer à valider ou inventer des techniques méditatives adaptées à chacun, techniques dont la diffusion remplirait un service d’intérêt général. Il s’agit certainement là d’une idée à méditer.

Publicités

A propos Maël Donoso

With a scientific background in Biology, I received a Ph.D. in Neuroscience from University Pierre et Marie Curie, in Paris. My research on the foundations of human reasoning, prepared at École Normale Supérieure, has been published in Science, one of the world's leading scientific journals. I completed my studies with a training in Business at INSEAD.
Cet article, publié dans Neurosciences, est tagué , , , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Méditation bouddhiste et neurosciences

  1. Sandra C. dit :

    j’ai découvert ce jeune français installé au japon : http://www.mediter-pour-etre-heureux.com/
    on sait jamais si ça vous intéresse ! bonne journée sandra

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s